Le Deux-Frères

Bateau labellisé Bateau d'Intérêt Patrimonial en  2012, 2016 et renouvellé en 2020

 

Barquette de régate

Chantier Colomines Banuyls (66)

Longueur hors tout : 7,90

Longueur coque : 5,50

Longueur flottaison : 5,50

Largeur Maître bau : 1,98

Tirant d’eau : 0,60

Tirant d’air : 7,70

Déplacement (en tonnes) : 0,45

Jauge administrative (en tonneaux) : 1,79

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Construit en 1911 par le chantier Colomines sur une base de barquette de travail catalane traditionnelle dans le but de participer à des régates à la demande de son premier propriétaire, M.Léandre Dellong, tonnelier à Cuxac d'Aude, ce bateau possede une coque de forme classique, très légère et dotée d'un lest de 0.08 tonne. Elle a été équipée, d'origine, d'un gréement aurique légèrement surdimensionné, qui lui donne une meilleure manœuvrabilité et une grande vitesse.

 

De 1920 à 1930, et l'arrivée des premiers monotypes, le "Deux frères" a remporté ou est monté sur le podium de toutes les régates organisées à Narbonne ou dans la région (Valras, Canet en Roussillon) Pour la rapidité des manœuvres, la grand voile est équipée d'une bôme à cliquet qui permet de réduire ou augmenter la voilure très rapidement.

 

Le bateau a eu plusieurs propriétaires : de 1910 à 1920, Léandre Dellong puis Félix Sabatier, Henri Pradal et André Ader jusqu'en 2005.

 

En 2005-2007 la barquette est remise en état à l'identique par Yann Pajot au chantier du Conservatoire du Patrimoine Maritime et Fluvial et offerte en 2007 à la Société Nautique de Narbonne à l'occasion de son centenaire.

A cette occasion est créée l'association des Amis du Deux-Frères.

Photos d'antan

Restauration du "Deux-Frères" 2007

Photos du Conservatoire Maritime des Pays Narbonnais

Yann Pajot

Charpentier de Marine

Chef de projet et valorisateur du patrimoine maritime et fluvial

2007

Extrait du Carnet du Parc n°7 " La Nautique ou l'autre façon de naviguer"

La renaissance du "Deux-Frères"

 

De construction classique, la barque « Deux-Frères » est aujourd'hui un témoin important de l’apparition et de l’évolution de la navigation de plaisance sur les étangs narbonnais. Ses faibles mensurations lui permettent un accès aisé sur l’ensemble du plan d’eau et ses formes traditionnelles ne sont pas sans rappeler l’étroit lien de cette évolution avec le monde de la pêche.

 

Petite barque catalane construite au début du vingtième siècle très vraisemblablement pour une activité professionnelle, ses détails de construction spécifiques trahissent la réalisation d’un constructeur méditerranéen et plus singulièrement catalan. Formes et inclinaisons de l’étrave et de l’étambot, emplacements bouchés de quilles d’échouage pour être tiré sur le sable de la Côte Vermeille, bouge de pont très prononcé et surtout une répartition très particulière des bordés de coque.

 

Même si l’odeur de la sardine a sans doute, dans ses débuts, probablement imprégné le pont et la cale du Deux-Frères », l’élancement de sa coque va lui valoir très rapidement l’appartenance à tout un monde naissant avec la création de la Société Nautique de Narbonne. Cet « art de vivre » typiquement narbonnais et animé par les nauticards a occasionné quelques modifictaions notoires sur l’embarcation traditionnelle du pays. Plan de pont revisité, pavois rabaissés, mise en place d’un bout-dehors, perte de son gréement latin au profit du gréement  houari et de sa bôme à rouleau qui n’en finit pas de quitter le bord au-delà de l’étambot.

 

C’est en effet un gréement qui est beaucoup plus employé en plaisance et qui permet une augmentation impressionnante de la surface de voilure pour une embarcation de ce type. Ce changement radical implique également la mise en place d’un saumon important sous la quille afin de compenser le surtoilage, mais il va malgré tout impliquer la présence d’un grand nombre d’équipiers à bord lors de chaque sortie comme le confirment les documents iconographiques de l’époque. Six, sept, huit personnes comme lest mobile sont nécessaires pour dompter la petit catalane devenure bête de course des régates de la Nautique à partir des années 1915 et ce juste vers les années 1930.

 

Par la suite, plusieurs propriétaires successifs du « Deux-Frères » vont naviguer sur l’étang de Bages-Sigean, sur l’étang de Leucate et sur les eaux du littoral audois en régate mais surtout en famille. Devant le développement de la navigation de plaisance et des performences des bateaux, les « modifications artisanales », même si elles sont de grande qualité, ne font plus recette.Le redoutable régatier des années 1915 devient un bateau de promenade dominicale et estivale avant de finir, marqué par les années dans un jardin. « Epave de souvenirs », son dernier propriétaire se résigne à s’en débarrasser et le confie au Conservatoire Maritime et Fluvial des pays narbonnais, une association partenaire du Centre permanent d’initiative pour l’environnement (CPIE) des pays narbonnais qui oeuvre pour la sauvegarde et la réhabilitation du patrimoine maritime et fluvial, dont les actions font référence avec trois mots d’ordre: chercher, développer et transmettre les valeurs d’un territoire.

 

Là, l’embarcation est conservée dans les réserves pendant plus de dix ans dans l’attente d’une hypothétique restauration.C’est en 2005 que le « Deux-Frères » revoit le jour pour être restauré. Transporté de Sainte-Lucie au domaine du Grand Castelou, la bête de course devient support d’insertion sociale. C’est alors le chantier de restauration des barques tarditionnelle du CPIE, dans le cadre du Plan local pour l’insertion et l’emploi (PLIE de la Narbonnaise), qui entreprend les travaux.

 

Sous l’oeil des visiteurs, la coque est reconstruite en quasi-totalité. Seuls le gréement et les accastillages de pont sont conservés. les compétences acquises par la conservation des savoir-faire en construction navale traditionnelle de cette association et son expérience de restauration pendant près de vingt ans vont permettre une réplique à l’identique tant sous les formes de la barque que, sur les procédés de la mise en oeuvre des matériaux.

 

Cette reconstruction a joué un rôle social et d’insertion économique important auprès d’une vingtaine de personnes. La barque « Deux-Frères » restaurée a été offerte à la Société Nauique de Narbonne pour son centenaire. Premier bateau dans l’histoire récente du port, cet emblème du patrimoin et de l’identité culturelle de la Nautique a retrouvé son appontement dans ce même port près de cent ans après sa construction.

 

Entre les bonnes mains des membres actifs de la société, il contibue aujourd’hui à la mise en valeur de ce lieu particulier et chargé de convivialité qu’est la Nautique. Mêmes si ces performances régatières le laissent désormais loin derriière les voiles actuelles, il procure encore quelques sueurs froides à ceux qui veulent le dompter dès que « Madame Tramontane » montre son nez avec violence.

 

« Si tu ne me connais pas, ne me touche pas » disaient les vieux pour le gréement du coin… La sagesse reste donc de rigueur: « vent du nord reste au port »!

 

Yann PAJOT

Charpentier de marine, responsable du chantier de restauration du « Deux-Frères ».

extrait du Carnet du Parc n°7 « La nautique ou l’autre façon de naviguer »

Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée

en collaboration avec les Archives Départementales de l’Aude